Donjons & Dragons : l’IA ne passera pas !

Hasbro, l’énorme groupe américain qui détient les licences Donjons et Dragons ou encore Magic The Gathering, collabore avec Xplored pour des outils d’IA. Mais elle a récemment affirmé que Donjons et Dragons serait un jeu sans aucune intervention de l’IA !

Hasbro, la célèbre entreprise de divertissement derrière des licences comme Transformers, Nerf ou Wizards of the Coast, et donc Donjons & Dragons, explore les possibilités de l’IA. Toutefois, contrairement aux reportages médiatiques, si des éléments d’IA pourraient entrer dans les processus de fabrication de jeux de société, elle ne sera pas exploitée pour le jeu de rôle classique Donjons & Dragons.

Hasbro collabore avec Xplored pour infuser l’IA dans le gameplay

Selon un rapport de Gizmodo, l’accord avec l’entreprise de jeux italienne Xplored permettrait à Hasbro d’implémenter des outils d’IA qui seraient utilisés pour générer des aventures et réagir en temps réel aux décisions des joueurs.

Fondée en 2008, Xplored est le créateur de la plateforme de jeu Teburu, qui vise à combler le fossé entre le jeu de table et l’intelligence artificielle.

Un porte-parole de Hasbro a déclaré : « Nous sommes très enthousiastes à propos du partenariat avec Xplored, mais nous tenons à préciser que ce partenariat est centré sur les futures applications au sein des jeux de société et non sur le jeu de rôle sur table Dungeons & Dragons ou sa future table de jeu virtuelle. »

Teburu est un système qui relie les jeux de plateau à leurs versions digitales, en implémentant une application qui gère des voix off, l’explication de règles ou les mouvements des ennemis par exemple. Avec des outils comme des figurines ou des dés connectés, Teburu assiste les créateurs de jeux sur le prototypage ou le développement de systèmes de jeu.

cta desktop ludum

Dé connecté Teburu

La résistance de l’industrie face à l’IA

Implémenter de l’IA dans Donjons & Dragons aurait été contraire à une tendance générale qui se dessine chez les partenaires du jeu de rôle: le refus de l’IA. Plus tôt ce mois-ci, OneBookShelf, la société derrière le marché populaire DriveThruRPG et la Guilde des Maîtres du Donjon thématique Dungeons & Dragons, a mis à jour ses politiques d’IA en annonçant qu’elle n’accepterait pas le contenu principalement écrit par l’IA.

« Bien que nous valorisions l’innovation… Les Marketplaces Roll20 et DriveThru n’accepteront pas de contenu commercial principalement rédigé par des générateurs de langage IA », a écrit OneBookShelf dans un post le 19 juillet. « Nous reconnaissons les défis de l’application et comptons sur la bonne volonté de nos partenaires pour offrir à nos clients des œuvres uniques basées principalement sur la créativité humaine. »

OneBookShelf, également connu sous le nom de Wolves of Freeport, a déclaré que les créateurs doivent indiquer si leur jeu, livre de règles ou produit d’aventure contient du contenu généré par l’IA.

En France, un collectif dans le jeu de société, soutenu par Pénélope Gaming, défend les graphistes et illustrateurs face à l’utilisation d’IA dans la production d’images.

L’IA dans l’industrie du jeu : une bataille en cours

L’utilisation de l’IA dans les jeux de société est encore relativement nouvelle, mais l’utilisation de l’IA dans la conception de jeux vidéo fait l’objet d’un examen de plus en plus minutieux et d’une résistance de la part de la communauté des joueurs. En mai, Cyan Worlds a déclaré que son nouveau jeu d’aventure Firmament avait été développé en utilisant du contenu assisté par l’IA, y compris des journaux, des histoires, des chansons et du doublage.

« Je voulais aimer ce jeu, mais je ne pense vraiment pas que je le peux », a écrit un utilisateur de la page Kickstarter de Cyan Worlds. « Et découvrir à quel point le ‘Contenu Assisté par l’IA’ était impliqué dans le produit final (en particulier en l’apprenant seulement après coup dans les crédits) me donne honnêtement l’impression d’avoir été trahi par ma promesse. »

En juin, c’est Valve qui a décidé de bannir tous les jeux vidéo utilisant de l’IA de sa plateforme Steam :

Hasbro n’est pas le premier développeur de jeux – dans ce cas, de jeux de plateau – à expérimenter avec l’intelligence artificielle. Parmi les autres entreprises qui exploitent l’IA, on trouve Blizzard Entertainment, Roblox, Square Enix et Ubisoft avec Ghostwriter.

L’IA ça crée des emplois ?

Malgré la résistance à l’utilisation de l’IA dans les jeux, certains développeurs voient d’un bon oeil l’apport de l’IA dans certains domaines (qui ne sont pas des domaines de l’ordre du créatif) comme les chatbots. L’IA peut ainsi faire un premier tri pour le SAV ou pour donner des infos répétitives. N’oublions pas que l’IA créé des postes de travail dans le data ou le développement. Quel sera le ratio emplois créés/emplois remplacés à l’avenir ? Probablement en faveur d’un remplacement.

L’avis de Campustech sur l’IA dans les jeux de société

L’IA suscite des craintes justifiées sur des possibles tentatives d’économie dans un monde capitaliste, ok. Après, quand on connaît vraiment ces outils, on sait qu’on est encore à des kilomètres de pouvoir remplacer un graphiste par une IA. L’IA pour les images est tout simplement incapable d’être cohérente, de déployer une gamme de visuels, de faire des images au format vectoriel ou d’une qualité suffisante pour le print. Quand aux IA génératives de texte, on est encore à des années lumière de pouvoir remplacer un scénariste ou une autrice. Mais pour un court texte, du contenu annexe ou des petits éléments de briefing, pour un moodboard ou pour donner une orientation visuelle, cela existe déjà comme vu plus haut.

Remplacer le travail d’humains par une IA n’est même pas encore une alternative possible dans le contexte de production de jeux. Et ce serait même contre-productif, en tout cas à l’heure actuelle. Je dois aussi mentionner la notion de propriété intellectuelle : quand on donne un prompt à une IA, elle va piocher dans le corpus existant et en fait une interprétation. Sans le travail de milliers d’artistes, l’IA est incapable de générer d’elle-même la moindre image. Est-ce du vol ? Certains pensent que oui. Il y a une notion de facilité et de triche, car l’IA génère des images de manière quasi-instantanée, là où un humain met plusieurs jours à pondre un visuel.

Ce qui semble sûr, c’est que l’IA fait déjà partie du web, de Campustech par exemple aussi. C’est au secteur du jeu de société de prendre des décisions fortes, comme Hasbro semble le faire ci-dessus, pour exclure l’IA de projets comme Donjons & Dragons. Mais c’est plus un effet d’annonce et de réassurance qu’une vraie décision : aucune IA ne pourra accoucher de dizaines de visuels cohérents pour les Royaumes Oubliés, ou d’une campagne de scénarios. Est-ce que l’IA va a terme supprimer des jobs de créatifs ?

L’IA a beaucoup trop d’avantages pour être abandonnée, maintenant c’est aussi un outil très dangereux et un cercle vicieux, un glissement algorithmique vers un lissage des créations, à un horizon un peu lointain. Mais cet argument tient si l’IA reste telle qu’elle est maintenant, il est tout à fait possible qu’elle évolue et soit capable de revêtir des personnalités ou un courant artistique auto-créatif dans le futur.

Le débat sur l’utilisation de l’IA dans l’industrie du jeu est loin d’être terminé. Les acteurs du secteur, des géants comme Hasbro aux petites start-ups, continueront à explorer cette technologie tout en tenant compte des préoccupations des joueurs. Il sera intéressant de suivre l’évolution de cette tendance dans les années à venir. L’humain sera-t-il capable de profiter des prouesses de l’IA sans menacer ses propres intérêts ?

Utiliser l’IA sans créer de préjudice pour les humains est donc tout l’enjeu du problème.

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