Ce qui compte le plus dans les jeux de société, se sont les émotions qu’ils véhiculent et pour ça, vous pouvez compter sur cette petite merveille : Un curieux jardin.
Jamais deux sans trois
Si le principe de ce Curieux jardin vous rappelle quelque chose, ce n’est pas un hasard. Il est en réalité le troisième titre d’une gamme appelée Fil rouge à laquelle je tiens tout particulièrement !
Dans ces boîtes, seulement quelques cartes divisées en plusieurs paquets : les chapitres d’une histoire illustrée qu’il vous faut reconstituer !
Si le format a un peu changé, peut-être est-ce pour s’imposer un peu plus en rayon mais en dehors de ce détail et d’une très légère modification des règles, Kodama a gardé l’essence de ce qui nous a charmés avec les deux premiers.
La taille de la boîte a donc gonflée un peu mais le logo du Fil rouge, lui, se fait plus discret comme si la volonté du studio était de nous faire comprendre que ce numéro a quelque chose de spécial, de différent, sans pour autant renier ses racines communes avec le principe unique créé par Tom et Julien Prothière …
Moins bouleversant mais toujours aussi bien
L’idée de base a séduit le plus grand nombre à l’époque de la première sortie : observer et décrire ses cartes, écouter les autres, s’immerger dans le contexte pour tenter d’en ressentir les émotions et retrouver l’ordre précis tout comme le sens du récit.
Les sujets abordés ont, quant à eux, plutôt divisé les joueurs jusqu’ici. Certains, comme moi, ont adoré et trouvé que c’était une riche idée que de surprendre le public et l’amener à converser et partager autour de thèmes choquants, dérangeants, douloureux … D’autres ont trouvé ça beaucoup trop inattendu et violent pour un jeu qui vise les familles.
Personne n’a vraiment tort ou raison, c’est une question de sensibilité mais aussi de vécu, de période, de projection … A mon sens, il est important d’avoir des supports qui favorisent le dialogue y-compris pour s’exprimer sur ce qui fait mal, ce qui fait peur et ce que personne ne veut voir. C’est le cas avec de magnifiques albums jeunesse qui libèrent la parole d’enfants victimes de violence intra-familiales ou de harcèlement scolaire par exemple …
Toujours est-il que l’équipe de Kodama a pris note des remarques et s’est adaptée avec ce scénario adorable inventé par Germain Winzenschtark et merveilleusement mis en lumière par la talentueuse Anne Heidsieck.
Tout doux mais pas infantilisant
Le petit plus de cet opus ce sont les cartes Découverte qui apparaissent dans un ordre précis et permettent peut-être à certains détails de ne pas passer à la trappe tout en facilitant la prise de parole (et des détails, ici, il y en a !).
Mais ce qui change fondamentalement dans Un curieux jardin c’est le fait de se dire que vous pouvez foncer sans aucune crainte ! Personne ne sera perturbé lors de la résolution, promis ! Pour autant, vous allez vivre de belles et grandes émotions en plongeant dans ce récit poétique plein de douceur, d’humour et de légèreté.
Que ça fait du bien à l’heure du numérique de jouer cartes sur table en partageant un moment convivial, sans stress ni précipitation, simplement en discutant, en intégrant l’histoire et en se projetant à la place de cette drôle de jardinière à qui il arrive d’étranges aventures auxquelles elle ne s’attendait visiblement pas.
C’est magnifique ! Tant sur le plan esthétique que sur celui des sentiments qui émergent au fil des découvertes. C’est exactement pour ressentir cela que je regarde (parfois) des films, que je lis des romans ou que je découvre des jeux narratifs. Je me sens vivante, en communion avec les personnes qui partagent cet instant avec moi et j’ai besoin de ces moments-là pour me souvenir qu’il n’y a justement pas que des catastrophes et personnes néfastes en ce bas monde …
Avec tout ce que l’on prend de négatif en pleine figure chaque jour, Un curieux jardin (tout comme le reste de la gamme Fil rouge à mon sens) offre un instant plaisir si bon qu’il serait dommage de le manquer. Telle une plante magique que l’on aurait respirée d’un peu trop près, il aide à se sentir important, unique, utile et totalement relié aux autres.

