Entre les petits formats qui pullulent, le thème de la Nature qui en rebute plus d’un, la mécanique rébarbative du Skyjo à toutes les sauces et les modes duo pas toujours convaincants, c’était mal barré pour cette nouveauté qui a pourtant créé l’effet de surprise auprès du grand public. Je vous donne 5 raisons de craquer pour elle !
1. Une déclinaison de saveurs
Je l’ai lu partout et j’avoue avoir moi-même tendance à le comparer à l’éternel Skyjo pour le présenter. Il faut dire que c’est vendeur étant donné la réputation de ce dernier dont le principal atout est de faire des adeptes dans tous les milieux ! Pour autant, il serait injuste de le résumer en si peu de mots car ils n’ont en réalité que peu de similitudes : juste, on a tous pour commencer une grille de cartes face cachée devant nous : notre Mare (parce que le Skyjo et compagnie justement, on en a m… !).
En dehors de cela, c’est peut-être au niveau de l’accessibilité de son langage que se révèle le principal lien de parenté : Symbiose offre en effet une immédiateté dans la réflexion et les sensation de par ses règles courtes et limpides (peut-être même plus simples encore que celui dont je ne veux plus prononcer le nom !). La lecture du jeu est simplifiée et magnifiée par le travail d’illustration absolument splendide de Baptiste Perez dont les traits possèdent un charme incroyable (mes photos ne lui rendent pas hommage hélas) !
Mais pour être honnête, si on veut absolument faire un parallèle avec d’autres jeux, alors il faut reconnaître que Symbiose a plutôt tendance à se rapprocher d’un Château Combo. Tous deux proposent aux joueurs de créer un tableau le plus rentable possible. La différence est en revanche bien nette concernant le degré de difficulté : Château Combo s’adresse plutôt à des familles déjà joueuses ou prêtent à s’investir un peu plus du point de vue complexité, stratégie, anticipation et création de moteur ; là où Symbiose propose une initiation poétique et élégante en douceur mais non sans rebondissements (tu l’as ? La grenouille !)!
2. Une mécanique qui coule de source
Moi qui partage majoritairement mes temps de jeux avec des participants occasionnels, s’il y a une chose que je sais, c’est qu’à partir de trois points de règles on perd déjà la moitié de l’assemblée … Gros atout ici, tout s’explique en quelques mots, un exemple et ça roule (coule) !
Chacun possède donc une Mare de 8 cartes qui seront échangées/révélées au fil de la partie. Le but est d’avoir un maximum de points au sein de celle-ci mais l’originalité est que les cartes situées aux extrémités scorent en fonction des Mares voisines ! Comme vous aurez pris soin de disposer le jeu avant de dire tout cela, vous pourrez faire votre exemple au passage : « Tu vois ma carte là qui est la plus proche de ta Mare ? Elles me rapportent 5 points pour chacune de tes Grenouilles en fin de partie ! »
Une fois que les joueurs savent ça, il n’y a plus qu’à expliquer comment se déroule chaque tour : On prend une des 4 cartes disposées dans la Rivière (une sorte de Marché si vous préférez) pour venir l’échanger avec une des nôtres. Et c’est là où le jeu présente, à mon sens, bien plus d’intérêt que l’Autre (!). Sans être plus complexe, il offre néanmoins plus de choix, de possibilités, de dilemmes : Qu’est ce que je prends ? Où est-ce que je le place pour gagner des points sans trop en offrir ? Qu’est-ce que je remets en jeu à la place et à qui cela pourrait être bénéfique ?
« Si je reprends mon exemple de tout à l’heure : on est d’accord que tu risques d’être tenté de te débarrasser de tes jolies Rainettes pour ne pas me laisser en profiter mais le sacrifice sera-t-il rentable pour toi … ? C’est la question qu’il faudra te poser. »
3. Qu’est-ce qu’on se marre ?
Alors non, pas de singerie ici ! Il y a des animaux (d’une beauté époustouflante au passage !) mais on n’est pas là pour faire les ânes. Ceci dit, on se taquine quand même, silencieusement, vicieusement, prodigieusement et c’est exactement ce qui créé un peu d’ambiance. Ca râle sévère mais surtout : ça donne envie d’y revenir, de comprendre, de s’améliorer ! Toute la force de ce jeu est de condenser observation et calcul sur des temps suffisamment courts et des tours dynamiques pour inciter à retenter sa chance immédiatement !
Encore une fois le thème est enchanteur (bon peut-être pas pour les allergiques à la beauté de la Nature, allez donc snifer vos pots d’échappements bande d’aigris !) et tout est cohérent : les couleurs à la fois douces mais bien distinctes qui correspondent aux quatre saisons, les bestioles qui vivent dans cet environnement, la Rivière qui alimentent les Mares (oui bon ok là on schématise un peu mais s’il faut commencer à dire qu’on pioche dans la Nappe phréatique ça risque d’être pénible quand même !).
4. Un escargot vaut mieux que deux libellules
Aaaah que voilà une nouvelle raison de comparer ! Et encore une fois, pas à l’avantage de qui-tu-sais ! Ici au moins, on a la répartition des éléments. Oui d’accord je chipote, au départ on n’y fera peut-être pas gaffe mais quand même, pour les plus joueurs d’entre-nous (et même les autres croyez-moi), c’est important de savoir qu’il y a plus de Carpes que de Grenouilles, et plus de fonds roses que de bleus etc !
De la même façon, le fait de ne pas avoir de pioche à l’aveugle oblige sans cesse à repenser sa stratégie, adapter ses décisions, revoir son agencement. Là aussi, tout est raccord au thème : la Nature est en perpétuel mouvement, changement ! Encore une fois, j’insiste sur la qualité du graphisme et le format des cartes volontairement agrandi pour une manipulation agréable et une visibilité exemplaire ! Dans Symbiose, il est essentiel pour l’expérience de jeu de comprendre en un coup d’oeil ce que propose chaque carte et ce qui se passe chez nos voisins. Tout a été bien pensé pour rendre le tout ergonomique et envoûtant, ça me paraît difficile de ne pas y succomber.
5. Tout se tintamarre pour une si petite boîte !
Oui, j’avoue ! Mais à l’heure où je vois partout qu’il « sort trop de jeux en ce moment » et qu’il faudrait « faire le tri » alors je vous en conjure : faites honneur à celui-ci qui est un exemple en terme d’épure, de sensations, d’accessibilité (parfaitement intergénérationnel et universel rien que ça !), de rejouabilité, d’engagement (éco-conçu) et de prix !
Symbiose c’est aussi une belle histoire de création en duo … Non mieux : en couple ! Puisque Christelle et Jérémy Partinico partagent plus qu’une table de jeux au quotidien. Je ne sais pas si ça vient de là mais moi je sens de la passion dans cette boîte : un amour du jeu et du partage qui transpire dans chaque ligne et sur chaque carte que j’ai plaisir à respirer lors de mes parties.
Les solistes seront déçus, impossible d’y jouer tout seul ! En revanche, le mode deux joueurs est aussi interessant que le jeu de base : la Rivière est juste plus fournie (4 cartes visibles et 4 cachées laissant planer une pointe de suspens et de prise de risque) et sert de Mare voisine pour compter les points de fin de partie. On a donc les mêmes sensations qu’à plusieurs et la possibilité de s’entraîner avec peu de changements à retenir.
Enfin, il existe encore un mode en équipe (ça en fait pour une si p’tite boîte hein ?!) dans lequel les extrémités de notre Mare scorent avec les cartes du partenaire ce qui doit donner encore une nouvelle dimension aux parties ! Mais je ne l’ai pas essayé, je m’abstiendrai donc de tout commentaire (si ce n’est que j’ai bien envie de me jeter à l’eau !).
Alors ?! Prêts à enfiler vos bottes pour sauter à pieds joints dans l’aventure ? Ou bien êtes-vous totalement imperméable face au flot de bonnes idées contenues dans cet écrin ? Dites-moi tout en commentaire !
PS : Pour les susceptibles, sachez que tout ceci est à prendre au second degré, je n’affectionne pas particulièrement Skyjo mais lui reconnais toutefois les qualités qui font de lui ce qu’il est aujourd’hui. Il a le mérite de rassembler des familles autour d’une table et c’est tout ce qu’on lui demande. (Maintenant si vous voulez en plus quelques chose de beau et d’incroyablement addictif … parmi la flopée de déclinaisons, Symbiose est pour moi la Reine !).