Les jeux d’affrontement à deux, j’aime vraiment beaucoup ça, et j’adore en découvrir de nouveaux. Parfois trop agressifs, parfois trop complexes ou simplement trop exigeants pour être sortis régulièrement certains peinent à trouver leur place sur ma table. Pourtant, y en a qui réussissent à trouver le bon équilibre entre accessibilité, profondeur et envie de revanche.
C’est exactement ce qui m’est arrivé avec Leda. Découvert l’année dernière grâce à David Sitbon, le jeu m’avait intriguée sans réellement me convaincre lors de mes premières parties. Puis j’ai commencé à explorer davantage ses factions, à comprendre ce qu’il essayait de proposer, et aujourd’hui je n’ai qu’une envie : le faire découvrir encore et encore.
Comment on joue à Leda ?
Leda est un jeu d’affrontement asymétrique pour deux joueurs dans lequel chaque clan dispose de ses propres pouvoirs, de sa propre façon de jouer et même de ses propres conditions de victoire. Chats, Requins, Pandas ou Scorpions : chaque faction possède une identité très marquée qui change complètement votre façon d’appréhender le jeu.
La mécanique repose sur une grille personnelle composée de 16 tuiles. Au cours de la partie, les joueurs activent différentes zones de leur plateau afin de déclencher des effets, gagner des ressources, jouer de nouvelles cartes et développer leur moteur.
Chaque manche se déroule toujours selon le même schéma : activation des tuiles, bataille militaire puis phase d’organisation. Ce fonctionnement très simple rend les tours hyper fluides.
L’une des mécaniques les plus originales de Leda est que lorsqu’un joueur choisit une zone à activer, son adversaire active exactement la même sur son propre plateau. Il faut donc constamment surveiller ce qui se passe en face et trouver le bon équilibre entre ses propres intérêts et ne pas trop favoriser l’adversaire.
Au fil de la partie, votre grille évolue, vos cartes remplacent progressivement certaines tuiles et votre faction développe ses actions uniques jusqu’à atteindre la condition de victoire propre à son clan… ou la victoire militaire.
Mon avis
Quand j’ai découvert Leda pour la première fois, je dois avouer que je suis restée un peu sur ma faim.
Je voyais bien ses qualités. Je comprenais ce que les auteurs avaient voulu faire. Je trouvais le matériel superbe, les illustrations magnifiques, et je sentais qu’il y avait quelque chose d’intéressant derrière cette grille de tuiles et ces activations en cascade. Pourtant, je n’étais pas totalement hypée.
Une partie de cette impression venait simplement du fait que je n’avais pas encore trouvé MA faction, celle qui me fait vibrer.
Lors de mes premières parties, je suis passée à côté de certaines sensations que le jeu cherchait à proposer. J’avais l’impression de déclencher des effets sans toujours en mesurer la portée. Je regardais davantage mon plateau que celui de mon adversaire. Bref, je jouais correctement, mais je n’avais pas encore perçu toutes les subtilités que je lui trouve aujourd’hui. J’étais donc un peu sceptique.
Et puis j’ai testé les Chats.
Cette faction a complètement changé ma perception du jeu.
C’est devenu beaucoup plus intéressant à mes yeux. Les rotations de cartes, les enchaînements d’effets, la gestion du plateau… J’avais enfin l’impression de construire quelque chose. Chaque placement avait du sens. Je commençais à anticiper plusieurs tours à l’avance et à comprendre toute la finesse du système. J’ai adoré !
Puis j’ai découvert les Scorpions.
Et là j’suis complètement tombée amoureuse.
Les Scorpions demandent une lecture totalement différente. Ils obligent à réfléchir autrement, à envisager le plateau sous un autre angle. C’est un peuple qui récompense énormément la planification et procure des sensations très particulières. À partir de ce moment-là, j’ai voulu approfondir mon approche et explorer davantage de stratégies.
C’est sans doute ce que j’apprécie le plus aujourd’hui.
Chaque clan donne l’impression d’apprendre un nouveau jeu. Bien sûr, les bases restent les mêmes. On retrouve toujours ce système d’activation commun, la gestion du plateau et cette course à la victoire. Mais les objectifs, les priorités et les réflexes changent tellement d’un peuple à l’autre que les parties se renouvellent constamment.
J’aime énormément ces jeux qui donnent envie de progresser. Pas ceux qui vous écrasent sous les règles ou les exceptions, mais ceux qu’il faut dompter avant de prendre du plaisir.
Les premières parties servent à comprendre les mécanismes. Les suivantes permettent de commencer à maîtriser son clan. Ensuite arrive le moment où l’on commence à lire le jeu adverse et à anticiper ses plans.
J’apprécie aussi beaucoup le fait que les parties restent assez courtes. Beaucoup de duels asymétriques demandent un investissement énorme en terme de temps, comme Iron Wood ou Pagan. Ici, une partie dure une 30aine de minutes et donne presque toujours envie d’en lancer une autre.
Je dois également parler du travail de David Sitbon.
C’est grâce à lui que j’ai découvert Leda et, une fois encore, son style fonctionne à merveille. Les illustrations apportent énormément de personnalité à l’univers. Chaque peuple possède sa propre identité visuelle et de nombreuses références à la pop culture que l’on apprécie beaucoup. Sans être particulièrement narratif, il parvient à donner vie à ses clans de mini-animaux anthropomorphes avec beaucoup de charme.
Un autre p’tit truc en plus qui me plait, l’asymétrie est au service du gameplay, et pas simplement anecdotique. Chaque peuple possède de vraies différences. On ne parle pas de quelques cartes modifiées ou de pouvoirs légèrement ajustés, mais de façons de jouer qui influencent la partie.
C’est probablement ce qui me donne envie d’y revenir aussi souvent.
Je continue de découvrir des combinaisons que je n’avais pas captée auparavant. Je fais encore certaines erreurs qui me permettent de progresser.
Leda réussit quelque chose que peu de jeux de duel parviennent à faire : être accessible sans être simpliste, stratégique sans devenir écrasant et suffisamment riche pour donner envie d’enchaîner les parties.
Je comprends totalement que certaines personnes aient besoin de quelques parties avant de tomber dedans. Ça a été mon cas. Mais une fois les factions qui me correspondent trouvées et les subtilités du système mieux comprises, mon regard sur le jeu a complètement changé.
Des parties rapides, intelligentes, remplies de décisions intéressantes, qui me laissent toujours avec l’impression que je peux faire mieux la prochaine fois.
Et finalement, c’est peut-être ça, sa plus grande réussite : me donner envie d’y retourner encore et encore.
Petit bémol pour le rangement dans la boite, les cartons sont tout abîmés et les tuiles ne rentrent pas correctement T_T (ouais c’est le seul gros point noir)
