Magic: The Gathering, c’est le pilier d’Hasbro… mais ce pilier se prend une bombe avec un procès fédéral. Des actionnaires viennent de viser le PDG Chris Cocks et plusieurs dirigeants pour une série d’accusations lourdes, allant de la mauvaise gestion à des violations de la loi boursière. Au centre de tout : une stratégie d’impression qui aurait dopé les résultats à court terme, tout en abîmant la valeur de Magic. Et quoi de mieux qu’un délit d’initiés pour acheter des actions au prix le plus bas ? Voici un résumé de l’affaire…
Une plainte fédérale contre Chris Cocks et plusieurs dirigeants
Un groupe d’actionnaires de Hasbro a déposé une plainte devant le tribunal fédéral du Rhode Island contre le PDG Chris Cocks et plusieurs dirigeants de l’entreprise. Les plaignants, Joseph Crocono et Ultan McGlone, affirment détenir des actions Hasbro depuis 2020 et 2021.
Selon eux, plusieurs déclarations publiques faites entre 2021 et 2023 lors d’échanges avec les actionnaires auraient été “matériellement fausses et trompeuses”. La plainte évoque notamment des manquements aux devoirs fiduciaires, un gaspillage d’actifs de l’entreprise et une très mauvaise gestion globale de la marque Magic.
Magic : The Gathering au centre des accusations
Le dossier se concentre très clairement sur Magic : The Gathering, la ligne de produits la plus importante de Hasbro. La plainte rappelle que le jeu repose aussi sur un marché secondaire très actif, où certaines cartes rares peuvent valoir plusieurs milliers de dollars.
C’est justement ce point qui alimente l’accusation principale. Les plaignants estiment que le rythme d’impression et de commercialisation des nouvelles extensions a eu un impact direct sur la valeur des cartes déjà en circulation. En clair, produire trop de cartes aurait mécaniquement réduit la valeur des anciennes pour les collectionneurs.
D’après la plainte, alors que des analystes et des investisseurs demandaient régulièrement si Hasbro imprimait trop de sets Magic, les dirigeants auraient nié cette hypothèse à plusieurs reprises. L’impression générale des boutiques et des joueurs en France sur l’overdose Magic était donc justifiée !
Le rapport de Bank of America a tout fait basculer
La plainte s’appuie fortement sur un rapport publié par Bank of America en 2022. Ce document aurait estimé que Hasbro “surproduisait” des cartes Magic.
Toujours selon la plainte, ce rapport affirmait que cette stratégie soutenait les résultats récents du groupe, tout en détruisant la valeur de long terme de la marque. Il relevait aussi plusieurs éléments marquants :
- les ventes de Magic ont presque doublé pendant la pandémie
- Hasbro a entretenu cette croissance inhabituelle avec des sorties plus fréquentes
- la distribution a été élargie
Le dossier ajoute que la frustration croissante des consommateurs face au nombre grandissant de sets aurait pu peser sur les futures commandes.
Une chute du titre Hasbro à plusieurs moments clés
Les plaignants soutiennent que la vérité aurait commencé à émerger le 14 novembre 2022, avec la publication du rapport de Bank of America. Après cela, l’action Hasbro aurait chuté de 9,9 %.
La plainte cite ensuite un autre moment clé : le 26 janvier 2023. Ce jour-là, Hasbro a publié ses résultats du quatrième trimestre et de l’année 2022. Le segment Wizards of the Coast & Digital Gaming aurait alors nettement manqué les objectifs de croissance du chiffre d’affaires trimestriel. Le groupe annonçait aussi la suppression d’environ 15 % de ses effectifs mondiaux sur l’année à venir, ainsi que le départ de son COO.
Après cette annonce, le cours de l’action aurait encore reculé de 8,1 %.
Enfin, le 26 octobre 2023, Hasbro a dévoilé des résultats jugés décevants pour le troisième trimestre 2023. Le groupe a indiqué avoir réduit ses stocks détenus de 27 %, tandis que les stocks de produits de consommation auraient reculé de 34 %. Lors de la conférence téléphonique organisée le même jour, les dirigeants ont précisé que la baisse des stocks provenait surtout des activités hors Wizards Of The Coast.
Des rachats d’actions jugés artificiellement gonflés
L’un des points les plus lourds de la plainte concerne les rachats d’actions de Hasbro. Les plaignants estiment que l’entreprise aurait racheté ses propres titres à des prix artificiellement gonflés à cause des déclarations trompeuses des dirigeants.
Selon le document, Hasbro aurait dépensé environ 125 millions de dollars entre avril 2022 et juillet 2022 pour racheter environ 1,4 million d’actions ordinaires. La plainte affirme que l’entreprise aurait ainsi surpayé ces rachats d’environ 55,9 millions de dollars.
Une stratégie interne baptisée “Parachute Strategy”
La plainte avance aussi une autre accusation importante : Hasbro aurait utilisé les revenus générés par Magic pour compenser les difficultés d’autres branches de l’entreprise.
Le texte évoque une “Parachute Strategy”. L’idée décrite est simple : lorsque d’autres activités du groupe affichaient des faiblesses, de nouveaux sets Magic étaient parachutés sur le marché pour générer rapidement du chiffre d’affaires supplémentaire.
Dans cette lecture, la forte croissance de l’activité Magic pendant la période visée ne serait donc pas le fruit d’une stratégie saine et durable, mais d’un recours répété à cette mécanique pour soutenir artificiellement les performances globales du groupe.
Des accusations de fraude et de faux discours
La plainte accuse les dirigeants d’avoir, volontairement ou par négligence grave, laissé passer ou provoqué des déclarations fausses et trompeuses. Les plaignants estiment que plusieurs éléments essentiels n’auraient pas été révélés au marché.
Ils citent notamment le fait que :
- la stratégie d’impression des cartes Magic n’aurait pas été aussi maîtrisée que présenté
- le volume imprimé aurait dépassé la demande réelle
- la gestion de l’allocation des stocks aurait été problématique
- Hasbro aurait saturé le marché pour générer du revenu
- cette surimpression aurait dévalorisé les cartes déjà existantes
- l’entreprise n’aurait pas maintenu des contrôles internes suffisants
La plainte affirme aussi que plusieurs anciens employés auraient confirmé, par leurs témoignages, que les dirigeants avaient accès à des indicateurs internes montrant cette surproduction.
Chris Cocks directement visé
Chris Cocks est nommé de manière très explicite dans la plainte. Le document lui reproche, en tant que plus haut dirigeant de l’entreprise, un manque de supervision sur le dispositif ayant conduit à ces déclarations jugées trompeuses.
Il lui est également reproché d’avoir consciemment négligé ses obligations de contrôle sur le reporting et sur la protection des actifs de l’entreprise.
Ce qu’il faut retenir :
- Des dirigeants d’Hasbro sont visés par une plainte fédérale émise par des actionnaires pour fraude et mauvaise gestion
- Les dirigeants d’Hasbro ont voulu surfer sur l’explosion de Magic pendant le covid
- Hasbro a utilisé les ventes de Magic pour compenser les pertes de ses autres marques dans le secteur du jouet
- Hasbro a privilégié le court terme en multipliant les sorties et les quantités d’impression afin de garder la croissance de la période covid
- Hasbro a racheté trop cher ses propres actions alors que les indicateurs étaient à la baisse
- Magic est dans une bulle artificielle car la valeur du jeu est en baisse