Les mois défilent, les bangers se succèdent, et on a le temps de jouer à rien : un syndrome malheureux et inéluctable. Fin de la phrase d’intro socialo-économique ! Y’a quoi comme bons jeux qui sortent en décembre, et qui ne feront pas partie des tops de fin d’année ? J’en ai repéré 6 !
Skyrise
Vous vous rappelez de Metropolys ? Si oui, vous avez probablement 64 ans, bravo ! Vous allez bientôt crever. Mais si vous êtes jeune, vous avez probablement raté cette pépite de Sébastien Pauchon sortie chez Ystari. Lucky Duck Games localise un remake appelé Skyrise, dans une superbe édition qui donne du cachet à ce jeu de majorité et de territorialité saupoudré d’enchères dynamiques.
J’ai pu faire un tour de jeu à Vichy, et j’ai trouvé ça remarquable. Plus varié, plus profond, plus riche en contenu, tout en conservant la colonne vertébrale du gameplay original. C’est très plaisant, cette verticalité donne à Skyrise une 3e dimension bienvenue. On a perdu le parti-pris Arts-Déco certes moyennement lisible, mais la nouvelle proposition a son propre cachet.

Rebirth
Bon il est sorti à la toute fin novembre mais je le compte en décembre : Rebirth est le 34578e jeu de Reiner Robotnik Knizia, servi par une D.A absolument lumineuse, bien que située dans la grisaille Ecossaise. Rebirth est aussi un jeu de zoning avec majorités : vous allez lutter pour gagner de l’influence sur des villes, ou sur des territoires naturels, afin de planter votre fourchette dans la salade de points finale.
Le gameplay est limpide ; à votre tour, vous prenez un de vos jetons de votre pioche, vous le retournez face visible, et vous le placez sur le jeu. Déclenchez ses effets, et hop, joueur suivant. En revanche, la stratégie à déployer sera très opportuniste, et le plateau se resserrera au fur et à mesure des tours de jeu. Remplissez des contrats publics et privés, placez vos châteaux, et devenez le boss des chefs des Lords !
Once Upon a Line
Une vraie proposition novatrice que ce Once Upon a Line : c’est un jeu d’aventure à gratter ! Rien que ça devrait vous titiller la curiosité, et j’ai eu la chance de faire la démo jouable au salon de Vichy. Vous interagirez avec une grille, dont les cases sont à gratter, selon des formes données. Mais ces formes représentent aussi le temps qui passe quand vous les dépensez, et déclencheront des évènements.
Mêlant aventure, narration et phases d’action, Once Upon a Line est un jeu très ambitieux dans le bon sens du terme : il propose un gameplay totalement nouveau, et une grammaire originale qui vous poussera à faire des choix thématiques et géographiques sur votre plateau à gratter. J’attends de voir si l’écriture est à la hauteur du reste, mais je n’ai pas de gros doutes.
The Dark Quarter
Dark Quarter est un jeu d’aventure coopératif app-driven, qui vous fait enquêter dans une version sombre et fantastique de la Nouvelle-Orléans des années 1980. Derrière les néons de Bourbon Street, entre clubs de jazz enfumés, ruelles détrempées et vieux quartiers chargés de traditions, la magie n’est pas qu’un folklore : elle imprègne les lieux, les gens… et les crimes que vous allez devoir résoudre.
Chaque joueur incarne un agent de la Beaumont Agency (quel nom incroyable), un cabinet de détectives privés un peu cabossés par la vie. Polar hard-boiled ça s’appelle dans le ciné. Ensemble, vous enquêtez sur des affaires que personne d’autre n’ose toucher : meurtres aux allures de rituels, disparitions liées à des malédictions, trafics où se mêlent sortilèges, vaudou et créatures de la nuit. L’application accompagne la partie, gère les scènes, les dialogues, les tests et les conséquences de vos choix.
Dark Quarter se joue en campagne, avec plusieurs scénarios qui forment une histoire complète. Vos décisions modifient le déroulé de l’intrigue, l’évolution des personnages et même le futur de la ville. Les enquêteurs ne sont pas de simples pions qu’on remplace d’une partie à l’autre : leur passé, leurs faiblesses et leurs liens avec la Nouvelle-Orléans pèsent réellement sur la suite des événements. En progressant dans la campagne, vous voyez se construire une histoire où le destin de vos personnages et celui de la ville finissent par se confondre.
Si avec ça vous n’avez pas envie de vous frotter à Dark Quarter, je ne sais pas ce qu’il vous faut ! Des dés magnifiques, des figurines, des personnages au nom de Winter Mullins ou John Robicheaux ? Allez c’est inclus dans cette superbe boîte.




photos : BGG
Tainted Grail – King of Ruins
Allez on reste dans l’aventure et la narration avec la suite du chef d’oeuvre Tainted Grail. Cette fois, Kings of Ruin est une grande campagne narrative autonome dans l’univers de Tainted Grail. On y incarne un groupe de héros pris dans une terre abandonnée, située de l’autre côté d’Avalon, où règnent des souverains déchus.
Au fil de la campagne, vous parcourez des contrées rongées par la Wyrdness en utilisant un système de déplacement revu, plus fluide et plus tendu. Chaque rencontre peut se résoudre par la force ou par la diplomatie grâce à un système original de cartes-puzzle, dans lequel il faut combiner les effets pour créer des combos efficaces. Les héros gagnent en puissance, débloquent des compétences passives, améliorent leur deck et récupèrent des objets toujours plus marquants, ce qui renforce peu à peu leur identité en jeu.
L’essentiel reste l’histoire : une fresque sombre où l’on découvre ce qu’il est advenu de ces terres oubliées et de ceux qui y règnent encore. Claudyne la Déchue, l’Amberqueen Veneda ou Nonus, l’Évêque des Profondeurs incarnent autant de menaces que de mystères à démêler. En avançant de scénario en scénario, Kings of Ruin tisse un récit dense, moralement ambigu et fortement incarné, dans lequel les choix des joueurs pèsent autant sur le destin de leurs personnages que sur celui de ce morceau maudit d’Avalon.
Awaken Realms a ramassé 8,7 millions sur Gamefound pour cette pépite, et ça se sent partout : l’écriture, le matériel…un immense jeu. Plus de 700 cartes, 90 milliards de figurines, énorme édition.
Château Combo : Au Cachot !
Je finis avec une petite extension de mon As d’Or de coeur 2024. Au cachot est l’extension très attendue de Château Combo, avec 12 cartes prévues pour renouveler l’expérience. Out of the Oubliette ! (le nom en VO) est une petite extension qui vous ramène dans les geôles du royaume, là où douze nouveaux hors-la-loi viennent d’être enfermés. Les portes de la prison viennent de se refermer, les condamnés purgent des peines plus ou moins douteuses et la grande fête approche à grands pas. Le principe reste simple : réussir à libérer ces personnages hauts en couleur à temps pour la fiesta, en profitant au mieux des effets de leurs cartes.
Cette extension introduit une règle inédite avec les cadenas. Ces derniers permettent de « mettre de côté » certains effets pour les déclencher plus tard dans la partie. On peut ainsi préparer ses coups, temporiser les actions les plus puissantes et créer des combos encore plus spectaculaires, en jouant sur le bon timing pour faire sauter les serrures au moment le plus opportun.

