Il y a des jeux qui font du bruit. Des jeux qui nous font rire, qui nous font crier, qui nous interpellent autour de la table. Et puis, il y a Take Time. Ce jeu là vous invite au contraire à parler un peu avant… pour mieux vous taire ensuite. Et croyez moi, le silence n’a jamais été aussi lourd, ni aussi expressif.
Take Time est un jeu coopératif où les joueurs doivent réussir à poser leurs cartes autour d’une horloge selon des règles bien précises. Simple dans son principe, mais redoutable dans son exécution, il vous fera passer du bavardage enthousiaste aux regards pleins de doutes en un clin d’œil.
Les règles de Take Time :
Le but est simple : vous devez poser des cartes autour d’une horloge pour que leurs valeurs respectent un certain ordre. Les cartes sont numérotées de 1 à 12 et existent en deux couleurs :
- les blanches, pour les heures du jour
- les noires, pour les heures de la nuit
Chaque horloge est découpée en six quartiers, chacun avec ses propres contraintes :
- une somme à ne pas dépasser
- une couleur obligatoire
- une combinaison particulière de cartes à atteindre
- Et plein d’autres à découvrir lors de l’ouverture des enveloppes
C’est déjà pas mal de défis à gérer, mais là où le jeu devient fascinant, c’est dans sa mécanique : une phase de discussion libre, puis une phase de silence total.
Phase 1 : on parle et on s’organise
Avant de regarder vos cartes, vous pouvez parler librement. C’est votre moment de concertation, celui où vous construisez ensemble votre stratégie. Tout le monde donne son avis, on échange, on rit, on essaie de prévoir toutes les situations.
Les phrases fusent :
- « Je prends la partie en bas ! »
- « Si j’ai un 12 ou un 1, je le pose en premier ! »
- « Faudrait pas trop monter dans les valeurs sur les 4 premiers quartiers »
C’est la phase de plans, de stratégies, des idées en groupe. Mais tout peut basculer au moment où chacun découvre sa main. Car à partir de cet instant, le silence s’installe.
Phase 2 : le silence, et les regards qui en disent long
On entre alors dans la partie la plus intense, et aussi la plus frustrante.
À tour de rôle, les joueurs posent une carte dans un des quartiers de l’horloge. La plupart du temps, les cartes sont posées face cachée. Mais certaines peuvent être posées face visible, grâce au symbole “œil” que vous avez en bonus. Ces cartes visibles sont précieuses : elles servent d’indices pour vos coéquipiers. Et là, tout se joue sans un mot. Les regards s’échangent, les sourires se crispent, les sourcils se froncent.
On devine les hésitations, on tente d’interpréter le moindre geste. Parfois, on est sûr de soi. Parfois, on a juste envie de crier “non, pas là…” mais stop ! Tu peux pas. Et bien sûr, le plan soigneusement établi finit souvent par s’effondrer dans un grand éclat de rire. Parce que oui, Take Time est un jeu où l’on se trompe souvent, on recommence… mais on s’amuse toujours.
Phase 3 : le moment de vérité
Une fois toutes les cartes posées, vient le grand moment. On les retourne quartier après quartier, en commençant par l’heure 1, et on découvre ensemble le résultat de nos choix. C’est le moment de vérité. Les valeurs s’additionnent, on vérifie les conditions, et la tension monte :
- La séquence est-elle bien croissante ?
- A-t-on respecté la limite des 24 points ?
- La bonne carte de la bonne couleur est-elle au bon endroit ?
Quand tout est aligné avec les conditions, on savoure le travail d’équipe, on se félicite, et on sort une nouvelle horloge ! Et quand ça rate… on éclate de rire, on soupire, et on recommence.
Le jeu est bienveillant : à chaque échec, vous gagnez une petite aide pour la prochaine tentative, la possibilité de poser une carte visible supplémentaire. De quoi relancer la dynamique et retenter le défi avec une nouvelle approche.
Une progression douce, pleine de surprises
Une fois une horloge réussie, on passe à la suivante. Et quand une enveloppe est terminée, on en ouvre une nouvelle, avec de nouvelles règles et de nouvelles contraintes. Chaque découverte est un petit moment de plaisir : on se demande ce que le jeu va encore nous réserver, et comment il va réussir à nous surprendre cette fois.
C’est un jeu qui se savoure sur la durée, chapitre après chapitre, ne vous arrêtez vraiment pas à la première enveloppe si le jeu ne vous à pas convaincue, elle n’est vraiment pas représentative du reste. On apprend à se comprendre, à lire les réactions des autres, à créer ses propres codes, ses habitudes.
Et c’est justement cette évolution qui rend Take Time si addictif. À chaque partie, on progresse un peu plus ensemble et c’est vraiment agréable.
Mon avis :
Dès que j’ai eu la boîte entre les main, j’ai eu envie de l’ouvrir et de commencer à jouer, tellement le jeu est magnifique et intriguant ! Et dès qu’on s’y attarde, on comprend qu’il a quelque chose de spécial. Ce mélange entre beauté et jeu coopératif attire tout de suite l’attention.
Le matériel est irréprochable : les dorures ajoutent juste ce qu’il faut de brillance sans tomber dans le too much. Tout est de qualité, l’élégance et le soin du détail. On reconnaît immédiatement la patte de Libellud, ce sens du beau qui rend un jeu aussi agréable à manipuler qu’à contempler.
À l’intérieur, on découvre 10 petites enveloppes, chacune représentant un chapitre avec 4 horloges à résoudre. Le concept paraît simple, presque trop… jusqu’à ce qu’on commence à jouer. Les règles se lisent en quelques minutes, tout semble limpide, et puis la première partie démarre : et là, la magie opère.
Ce qui rend Take Time aussi addictif, c’est la manière dont il fait évoluer le groupe. Chaque nouvelle horloge apporte une contrainte, un petit twist de mécanique qui relance l’intérêt. Petit à petit, on s’accorde sans parler, on apprend à lire les intentions des autres, à se comprendre d’un regard. C’est fascinant de voir à quel point la communication peut devenir fluide, même dans le silence.
L’ambiance est calme, mais jamais froide. Autour de la table, il se passe mille choses : des regards complices, des rires nerveux quand tout s’écroule, et cette joie pure quand, enfin, après plusieurs tentatives, ont réussi cette horloge rebelle : c’est une vraie satisfaction ! Celle d’avoir réussi ensemble, sans un mot, juste en étant connectés.
Take Time ne cherche pas à impressionner, il cherche à rassembler. Pas d’effets spectaculaires, pas de compétition : juste la sensation de construire quelque chose à plusieurs. Et ça, c’est devenu rare.
Son grand atout, c’est son accessibilité. On peut y jouer en famille, entre amis, ou entre joueurs chevronnés, tout le monde y trouve son compte. Les règles progressives sont un vrai plaisir : on ne se sent jamais perdu, et la difficulté augmente doucement, juste assez pour garder l’envie d’avancer. Certaines horloges semblent impossibles, mais à force d’essais et de fous rires, on finit toujours par y arriver. Et ce petit frisson lors d’une victoire c’est la marque des grands et bons jeux coopératifs.
Le matériel y contribue beaucoup : les horloges sont superbes, les cartes claires, et les enveloppes donnent ce twist d’aventure qui pousse à continuer. Tout est pensé dans les moindres détails, jusqu’à la mise en place et au rangement, fluides et agréables. Résultat : on a toujours envie d’en relancer une.
Bien sûr, il faut le bon groupe : des joueuses et joueurs prêts à jouer le jeu du silence, à se concentrer un peu. Si on parle trop ou qu’on triche, la magie retombe. Mais quand tout le monde s’y met, Take Time devient une expérience presque méditative. Un vrai moment de connexion humaine.
Après plusieurs semaines, je ne m’en lasse toujours pas. Chaque session redonne envie, chaque chapitre apporte sa petite surprise. Et cette curiosité, cette envie d’ouvrir “encore une enveloppe”, c’est sans doute ce que le jeu réussit le mieux : entretenir cette douce excitation de vouloir continuer ensemble.
Take Time, ce n’est pas juste un jeu qu’on sort pour passer le temps. C’est une expérience à vivre et à partager. Il ne cherche pas à révolutionner le genre, mais à le sublimer. Tout s’emboîte avec justesse. Beau, intelligent, apaisant et exigeant à la fois, c’est un jeu qu’on a envie de faire découvrir à tout le monde. Un vrai bijou d’équilibre et de sensibilité.