S’il y a un jeu de société qui en ce moment fait parler, c’est lui : Take time de Julien Prothière et Alexi Piovesan sorti chez Libellud.
Parler sans parler
Jeu coopératif à communication limitée, Take Time vous invite à résoudre des énigmes où chaque horloge propose sa propre mécanique.
La règle de base est plutôt simple : poser autour d’une horloge une ou des cartes souvent faces cachées afin de comptabiliser un nombre de plus en plus croissant. Tout se déroule en silence et nous ne pouvons passer à l’horloge suivante qu’en ayant résolu la précédente.
A cette règle de base s’ajoutent celles inhérentes à chaque horloge (40 au total, réparties en dix chapitres) : interdiction de poser certaines cartes sur certaines parties du cadran, chiffres ou couleurs, des obligations, des ordres précis … Sans compter que plus on avance dans le temps et les horloges, plus les règles se complexifient !
On essaie alors de déduire avec les cartes qu’on a pu poser. On observe le langage corporel, on intercepte des regards, des crispations du corps ou des dents qui grincent et on tente. On se trompe. Souvent. Mais une fois le tour de jeu terminé, la parole se libère et on explique ce qu’on a fait et pourquoi on l’a fait. On en apprend davantage sur la manière de jouer des autres. On analyse. Et on recommence en prenant tout cela en compte.
Plus qu’un jeu
Take Time allie avec brio jeu et connaissance des autres transcendant le jeu lui-même et faisant du temps passé ensemble un vrai moment de qualité et nous demandant comment de simples cadrans de cartons et des cartes numérotées peuvent nous faire passer par de telles émotions : joie d’avoir réussi à terminer l’épreuve, frustration de découvrir qu’il faut recommencer à une erreur près, excitation de la découverte … Tout est intense avec ce jeu !
Take time invite au lâcher prise et en même temps à la prise de risques réfléchie pour ne pas décevoir une équipe qui compte sur les un.es et les autres.
Si la mécanique du jeu n’est pas nouvelle, notamment en ce qui concerne le silence exigé durant le jeu, les échanges qui précédent et qui suivent sont toujours importants et intéressants et ce sont peut-être ces moments-là qui font comprendre pourquoi ce jeu plaît tant en ce moment et à juste titre.
Autre élément essentiel à mon sens : Libellud, à qui on doit Dixit et Harmonies notamment, fait de ce jeu à la mécanique complexe, un jeu familial accessible dès 10 ans. Il permet d’introduire des enfants dans l’univers plus stratégique du jeu de société, ne les cantonnant pas à des jeux simples de collection ou des jeux de plateau plus classiques mais en permettant à cet âge de partager avec les adultes la vraie réflexion, la coopération et le partage d’émotions qui feront les montagnes russes. Tout le monde ressort grandi de cette expérience avec Take Time !
Et puis, on ne peut parler de ce jeu sans évoquer les illustrations de Maud Chalmel qui sont à elles seules une immersion dans un univers onirique, fort et hors du temps, donnant encore plus envie d’arrêter le temps ou d’allonger les heures pour pouvoir jouer encore et encore.